Le jeune Korstiaan Verkade
Danseuse (1959)
Nu (1958)
Adriana Verkade (1969)
Autoportrait (1969)
Kees Verkade devant son atelier à Bentveld
Kees Verkade apprenti fondeur, années 60
Kees Verkade devant son œuvre Haasje over
Kees Verkade et
David Douglas Duncan,
(1990)
Article, Herald Tribune
Kees Verkade travaillant
sur Koorddansers dans
l’église de Stompetoren
Croquis La toilette (1970)
Inauguration de
De oude garnalenvisser (1969), Zandvoort
Portrait de Paul Gallico (1974)
Acrobaten (1970)
Ça se voit (1981)
La maternité (1981)
S.A.S. la Princesse Grace de Monaco à l’inauguration de la nouvelle maternité (1982)
Inauguration du portrait de S.A.S. la Princesse Grace de Monaco à Washington par Nancy Reagan (1986)
L’artiste dans le Palais de Monaco travaillant sur Princess on the Rock
Affiche des Grands Prix Magiques de Monte-Carlo
Les jumelles (1989)
Verseau (2000)
Retrospective, Salle du Canton, Monaco (1999)
Kees Verkade travaillant sur
A gift for life
Leur futur (2013)

Biographie

La naissance d’un artiste

Korstiaan (dit Kees) Verkade est né à Haarlem, Pays Bas, en 1941, de Willem et Adriana Verkade.
Tout jeune, il rêve de devenir graphiste publicitaire. Le dessin étant sa passion première, ses parents lui donnent la possibilité d’exercer ses talents après l’école auprès de l’artiste d’Amsterdam Gerrit Van Net (1910 – 1971). Grâce aux conseils que ce dernier lui prodigue, Verkade réalise de merveilleuses natures mortes dans un saisissant camaïeu de bleus : Stilleven 1 et Stilleven 2 (gouaches, 1955).
La Gerrit Rietveld Academy d’Amsterdam, où il espérait parfaire ses études, ne donne pas suite à la candidature du trop jeune lycéen; la qualité de son travail n’est pas mise en cause, en revanche la position de Directeur que son père occupe dans l’industrie locale est mal perçue – estimée trop bourgeois pour mériter une place. Mais son talent ne tarde pas à être reconnu par un autre artiste. Ce dernier n’est autre que le lithographe Aart van Dobbenburgh (1899 – 1988) qui enseigne le dessin et le graphisme à l’Académie Royale de La Haye aux Pays Bas. Pourtant, la chance lui fait défaut, car la section graphisme publicitaire, très prisée à cette époque ne dispose plus d’aucune place.
C’est ainsi que l’adolescent de 16 ans est inscrit en première année dans la section sculpture, qui devra lui permettre d’accéder par la suite à la section désirée.
Cet heureux hasard influencera et déterminera le reste de sa vie, tant il est vrai qu’il appréciera ce qu’il découvrira dans l’étude de cet art.

Les premiers pas sur le chemin artistique

L’enseignement qu’il suit à l’Académie Royale englobe tous les aspects de l’art de la sculpture, en commençant par les bases qui consistent à dessiner au fusain d’après un modèle.
Ainsi, durant sa première année, il apprend à utiliser les matériaux qui lui serviront toute sa vie durant : la cire perdue et la terre cuite seront l’objet de sa fascination étant donné qu’ils sont à l’origine de tout processus de création. En ce sens ses premières pièces, simples et compactes, paraissent prendre forme spontanément entre ses mains.
Le choix de ses sujets favoris se porte sur le vivant, animaux et corps humains. Ils resteront ses modèles de prédilection à mesure qu’il explore les autres aspects de la sculpture. (Kip, 1967; Merel, 1963; Bedelende Moeder, 1962). Les matériaux naturels comme le bois et la pierre le conduisent progressivement à l’abstraction, tel en témoignent ses œuvres Vissen (1959) et Vogel Abstract (1960). A ce titre, il est à constater dans ce travail d’abstraction la nette influence de son professeur Dirk Bus (1907-1978)

En effet, ses professeurs joueront un rôle important dans la création du jeune Kees Verkade, en particulier deux professeurs émérites de l’Académie Royale marqueront le futur artiste, Henri van Haaren (1917-), ainsi que Dirk Bus, tous deux anciens élèves du grand sculpteur Jan Bronner (1881-1972).
Et c’est dans la plus pure tradition de l’art qu’ils formeront le jeune élève. Grâce à eux, il apprendra à modeler des formes, des corps humains, autour d’une armature, il apprend aussi à créer des reliefs. Cet enseignement lui vaudra sa première mission : dessiner une plaque pour l’école technique à Katwijk, aux Pays-Bas (Relief Katwijk, 1960). Il en vient à dessiner aussi des caricatures et des illustrations pour la presse (Illustration pour “De Zandvoortmeeuw”, années 60).

L’Art du portrait lui vient de la même façon, très naturellement. Ses modèles sont les membres de son entourage : un ami étudiant Theo van Erp (1959) et ses parents : Willem Verkade (1965) et Adriana Verkade (1963). Pendant ces cinq années d’études, Verkade apprend les techniques du modelage sculptural et l’art de patiner le bronze.
A partir de ce moment, Kees Verkade mettra un point d’honneur à terminer lui-même ses pièces, seul le processus de fonte est laissé aux bons soins de la fonderie Steilaart à Rumpt aux Pays-Bas et plus tard de la fonderie Venturi Arte à Bologne, en Italie.

Les premières commandes et expositions

Chaque année, le meilleur étudiant se voit récompenser le Prix Esso d’un montant de 500 florins. Kees Verkade a été le finaliste. Ce jour-là, il demande à son père d’emprunter sa voiture pour transporter son œuvre grandeur nature avec lequel il avait gagné le prix. Quelqu’un le vit arriver dans une Mercedes 180 rouge; on décide de ne plus lui attribuer le prix jugeant qu’il n’en avait pas besoin. Encore une fois il n’est pas estimé à sa juste valeur, ce qui lui donne bien plus de force pour démontrer ce qu’il est capable d’accomplir.
Dans la pièce qu’il présente pour son examen de fin d’année - Balspel (1963) - on peut déjà percevoir l’essence du travail qu’il va produire dans les années 70. En effet, le mouvement est capturé dans son ultime moment de tension, comme un cliché instantané.
Sa première exposition se déroule au Vishal à Haarlem aux Pays Bas en 1964. Avec Ruth - la toute première statue vendue – Vrouw (1967), Brevieren (1964), Moeder en Kind (1964) et Tante Tonia (1964), dévoilent son intérêt pour la posture.
L’année suivante, Kees se marie et s’installe à Zandvoort, Pays Bas. Une seconde exposition ne tarde pas à suivre au Vleeshal à Haarlem, aux Pays Bas, où son Loper (1968) est acheté par le Frans Halsmuseum. Cet achat est le premier d’une série de commandes qui concernera les sculptures grandeur nature.

En 1965, il a désormais les moyens de se payer un petit studio à Zandvoort, où, peu à peu, il organise ses propres expositions. Vers la fin des années 60, il emménage dans un plus grand studio, à côté de celui de Willem Steijn (1911 – 1980) à Bentveld.
Les succès de ses premières expositions, lui vaudront d’être convié à exposer ses œuvres dans plusieurs galeries de renom. En 1966, Ina Broerse installe ses œuvres dans sa galerie dans le Spiegelstraat à Amsterdam, et la même année il expose au Kunstzaal Heuff à Wassenaar, Pays-Bas. En 1967, son travail est présenté au Stedelijk Museum à Schiedam. Un an plus tard, se tient sa première exposition à l’étranger, à la Down Town Gallery de Düsseldorf, en Allemagne.
Sa première commande de grande dimension, passée par la ville de Haarlem, Stadten (1966) représente des femmes âgées allant faire leurs courses. De nombreuses commandes vont suivre : il crée Vogels (1967) pour le Joannes Deo Hospital, Paaltje springend meisje (1967), et Haasje over la même année pour la ville de Heemstede.

Le sport

C’est à cette époque que Kees Verkade rencontre une amie. Elle l’initie aux sports américains en l’invitant à visionner des matchs à l’hôtel Hilton à Amsterdam. En réalité, il n’assiste jamais à un match en direct, mais parvient malgré tout à capter le moment unique pendant lequel la force, le mouvement et la tension se rejoignent.
Toutefois, ce n’est qu’en 1969 que la carrière de Verkade décolle. Le photographe américain David Douglas Duncan découvre alors son travail dans un marché d’art à Haarlem. En effet, Duncan est frappé par ses silhouettes de sportifs en cire perdue conservées intactes dans des seaux d’eau fraîche sous l’étal. A cette époque, Kees n’avait pas les moyens financiers pour les faire couler en bronze avant leur achat. Duncan achète immédiatement plusieurs pièces, les faisant couler en bronze, et les emportant avec lui dans le Sud de la France (Slagman, 1969; Loper, 1969; Estafette, 1969; Catcher and Umpire, 1969).

« The Hottest Underground Scultptor »

En 1970, Time Magazine consacre un article entier au « timide artiste néerlandais » intitulé « The Hottest Underground Sculptor ». Dés lors, les commandes affluent. Le Hirshhorn Sculpture Museum à Washington achète plusieurs sculptures. Verkade est alors commissionné pour réaliser une grande statue pour la faculté de droit de l’Université de Columbia à New York en mémoire de l'avocat Bill Donovan, qui pendant la Seconde guerre mondiale était le dirigeant de l'OSS (maintenant appelé C.I.A.), devenu par la suite Doyen de l'Université Columbia. La statue dépeint l'équilibre au sein de la Loi. Kees Verkade représente Bill Donovan comme un funambule avec une personne en équilibre sur ses épaules. S'il prend une mauvaise décision, tout peut s'effondrer.
Son studio devient trop petit, il doit alors utiliser une église vide à Stompetoren comme atelier (Koorddansers – étude préliminaire pour le Columbia University, New York, 1970).

La renommée de Kees Verkade se diffuse rapidement. Il persévère dans le thème sportif. La chair semble ne plus exister, elle s’est littéralement dissolue, de telle sorte qu’il ne reste que les muscles et les ligaments. Duncan décide de les montrer à plusieurs de ses amis – incluant Kirk Douglas et Yul Brynner qui lui achètent quelques pièces, ainsi que d’autres collectionneurs américains. En 1971, on l’invite pour la première fois à exposer son travail à la Galerie André Weil à Paris. Sculpteur, mais aussi chargé de famille, Kees, père de deux garçons, sera dès lors plus à l’aise financièrement grâce aux ventes et aux droits sur ses œuvres.

Un voyage aux États-Unis va s’avérer révélateur quand il découvrira une réserve d’Indiens d’Amérique. Kees Verkade est alors saisi par la tragédie de ce peuple jadis si puissant et si fier. Son séjour lui inspire une série de silhouettes d’indiens, qu’il expose à la Jameson Gallery à Santa Fé, au Nouveau Mexique en 1973 : Van paard vallende indiaan, 1973; Vrouwelijke indiaan, 1973; Masker Bull Dancer, 1973; Indianenvrouwtjes, 1973.

Son propre style - Inspiration

Ses nombreuses sculptures de femmes dépeignent d’autres caractéristiques comme l’intimité et la sécurité. La mère et l’enfant était l’un de ses thèmes favoris. La première version a été produite lors de ces premières années à l’Académie. La forme solide de Pregnant Woman (1966) est de nouveau visible dans Hanneke en haar Dochter (1970 – grandeur nature), qui était exposé à l’Hôpital de Haarlem. En 1968, il créé Mother and Child, une pièce transpirant la joie de vivre d’une mère allongée et jouant avec son bébé.
Au fur et à mesure des années 70, les personnages de Verkade s’allongent et s’étirent. L’artiste crée ainsi une série de nus féminins, poses d’instantanés, de nus à peine sorties du lit, faisant leur toilette, capturées malgré elles par l’objectif. Ce travail a été présenté à Krikhaar Gallery à Amsterdam en 1977, au côté de celui de Marc Chagall (Na Het Bad (1978)).

Kees Verkade recherche aussi l’énergie dans d’autres sujets. Vers 1970, il s’intéresse à la corrida et sculpte soit des taureaux seuls soit des scènes de corrida. Avec Bullfight, il y dépeint une chute, celle d’un toréador propulsé en l’air par un taureau.

A la même époque, l’artiste est aussi inspiré par une émotion d’ordre spirituel et métaphysique. Avec son œuvre, Crucifix, se ressent l’agonie d’un corps tendu. La douleur est également incarnée dans des pièces comme Pietà (1979), Paus met crucifix (1979), et La punition (1982) tout comme dans une de ses œuvres plus récentes Chemin de croix (1998).

On peut ainsi apprécier sa manière originale de sculpter. Les bras et les jambes maigres s’allongent mettant en valeur les tensions. A partir de cet instant, Verkade change sa façon de travailler la cire sur l’armature. Il aplanit rapidement d’épaisses plaques et parfois de grandes quantités de cire, donnant à chaque sculpture sa propre signature. La rapidité d’exécution est visible et c’est ce qui confère à l’œuvre l’impression d’inachèvement, à l’instar du mouvement impressionniste du XIXème siècle ou des formes filiformes de Giacometti. Il utilise la même technique dans plusieurs commandes telle que Girl on a spacehopper à Zandvoort, aux Pays Bas (1973).
Les premiers signes de cette évolution sont visibles dans les années 70, dans Two old women on a bench (1970), qui a servi d’étude pour la future commande à Drachten, aux Pays Bas. Nikkelen Nelis, le personnage joué par l’artiste de cabaret Wim Sonneveld, est placé dans les nouveaux studios Wisseloord à Hilversum, aux Pays Bas, en 1977. L’humour sous-jacent des années 1960 est aussi clairement visible dans ces œuvres.

Nouvelle vie – nouvel horizon

Des problèmes d’ordre privé incitent Kees Verkade à passer de plus en plus de temps avec ses amis américains dans le sud de la France et à Monaco. Son amitié avec l’écrivain Paul Gallico lui offre le privilège de faire la connaissance de la Famille Princière de Monaco. La Princesse Grace l’invite au théâtre tandis que le Prince Rainier lui ouvre les portes du Festival International du Cirque. Depuis toujours fasciné par les acrobates, Kees est désormais captivé par les clowns. L’ambiguïté d’une silhouette reposant sur des sentiments contradictoires tels que la tristesse et la joie de vivre deviennent une dynamique supplémentaire de sa création. C’est ainsi qu’il va sculpter un grand nombre de clowns célèbres, parmi lesquels nous retrouvons Grock (1975), Charlie Rivel (1975) et Marcel Marceau (Naakte clown, 1977; Pierrot en clown, 1979).

A cette même époque, il rencontre la belle-fille de Paul Gallico – Ludmila Von Falz-Fein – qui devient son épouse en 1979. Un nouveau thème fait alors irruption dans son travail : la danse avec laquelle la jeune femme a gardé de forts liens. Cet univers lui permet de travailler les mêmes vertus et caractéristiques qu’il avait rencontrées chez les acrobates : la concentration, l’équilibre et la tension tangible et à peine perceptible, comme dans Eagle Dancer (1982). Kees Verkade, qui s’est alors installé à Monaco, crée une série interminable de danseurs, en solo et en couple. Préférant travailler dans son atelier, il prend généralement des photographies lors des répétitions pour réaliser ses études. Il arrive parfois que ses sujets posent dans son atelier.
Dans les années 80, les sculptures de danseurs symbolisent la joie et la sérénité qu’il éprouve. Mais quand son épouse attend leur enfant, il est immédiatement inspiré par le miracle de la vie nouvelle et produit une série de bronzes intitulée « Birth in bronze » : La consolation (1977), Nous deux (1980) Son pardon (1978), L’attente (1981), Les premier pas (1987). La fin de ce cycle représente sa fille, Casmira, lors de ses premiers pas : Mon été (1982).

Les portraits

Kees Verkade a déjà eu l’occasion de faire ses preuves en tant que portraitiste dans les années 60, avec le buste de Sir Winston Churchill (Suite Churchill, Hôtel de Paris, Monaco) ou celui de Toon Hermans par exemple. Plus tard, il immortalisera en bronze des figures du monde social, artistique et commercial de Monaco et des Pays-Bas. Il est à préciser qu’il lui fallait généralement une longue période d’étude physionomique de ses sujets, et ce à travers des photographies avant que toutes les caractéristiques ne puissent être gravées dans son esprit. Il pouvait ensuite exécuter rapidement leur visage ou leur buste.

Une personne charismatique inspire plus particulièrement Kees Verkade : le Prince Rainier III de Monaco (1923 - 2005). Il a ainsi à cœur de sculpter le buste de ce dernier qu’il lui offre à l’occasion de son anniversaire afin de lui témoigner toute sa reconnaissance (S.A.S. le Prince Rainier III de Monaco, 1981). Par la suite, Kees honore la commande du buste de S.A.S. La Princesse Grace de Monaco (1983). Il sculpte également le buste de W.B. Yeats (1987) et d’Oscar Wilde (1992) pour la ‘Princess Grace Irish Library’. Suivent les portraits de l’écrivain Paul Gallico (1974), du pianiste Arthur Rubinstein (1982) et du chef d’orchestre Riccardo Muti (1991). Dans son pays, le portrait de La Reine Wilhelmina (1987) est installé au Conseil du Gouvernement à la Haye en 1989. Dix ans plus tard, il doit la représenter à nouveau – tel un soldat dans son long manteau informe – lors de l'inspection des troupes arrivant par la mer de l'Angleterre à Noordwijk aan Zee le 4 avril 1940.

Dans les années 80, son œuvre comprend des artistes tels que Anton Pieck, l’acteur Ton van Duinhoven, ainsi que l’écrivain et chroniqueur Simon Carmiggelt, présents dans des espaces publics.
Les années 90 voient évoluer son intérêt pour les personnalités du monde du théâtre comme Willem Nijholt et André van Duin. Par ailleurs, Kees se consacre à son autoportrait (1981) et aux portraits des membres de sa famille : Ludmila (1981); Casmira (1985); Ludmila Dormant (1980).

Une histoire étonnante peut être évoquée à ce propos : le portrait de sa fille, Casmira, qu’il réalise en 1997 ne le satisfait pas, il décide ainsi d’y renoncer. Mais quelle est sa surprise, quand trois ans plus tard, il le redécouvre et qu’il constate la troublante ressemblance avec son enfant. L’argile s’étant desséchée, le portrait s’est fendu. Il décide alors de le couler en bronze en l’état, car les craquelures lui donnent l’apparence d’une pièce classique de l’antiquité (Casmira, 1997, terre cuite et bronze).

La Principauté de Monaco

Il est impossible de se promener dans Monaco sans tomber sur les œuvres de Kees Verkade. En effet, à l’Hôpital Princesse Grace nous pouvons trouver Les premiers pas (1987); dans les Jardins Saint-Martin sur le Rocher Invitation (1979), ou encore au stade Louis II de Fontvieille Les sportifs (1993). Mais les commandes les plus prestigieuses sont celles réalisées pour S.A.S. Le Prince Rainier III de Monaco. Lorsque S.A.S. La Princesse Grace perd la vie dans un accident de voiture en 1982, l’artiste sculpte une statue l’immortalisant à jamais : Princess on the Rock (1983). Le Prince Rainier lui prête un espace dans l’enceinte du Palais afin de créer loin des regards indiscrets. Cette pièce a trouvé pour écrin la Roseraie, jardin créé et dédié à sa mémoire.

En 1997, Kees Verkade reçoit une commande spéciale pour le 700ème anniversaire de la Principauté de Monaco. Il entreprend alors de représenter François la Malizia, l’ancêtre de la dynastie des Grimaldi, qui, déguisé en moine, prit d’assaut le rocher stratégiquement situé. De nombreux essais de « Malizia » sont ainsi réalisés et l’un d’eux est sélectionné afin d’être installé devant le Palais Princier (2m20).

Pour la célébration du jubilée de S.A.S. le prince Rainier III en 1999, il présente une nouvelle œuvre monumentale Inspiration. Celle-ci est composée de trois silhouettes : une femme portée par deux hommes symbolisant la force motrice qu’il y a derrière chaque effort, que ce soit celui d’un Prince ou d’un artiste.

Kees Verkade crée également à cette époque une série d’œuvres de taille plus petite. Ainsi, il conçoit les trophées de plusieurs manifestions : le prix annuel de la ‘Princess Grace Foundation USA’, le ‘Festival International de la Magie de Monte Carlo’, le prix annuel de la ‘Princess Grace Foundation USA’, le ‘Festival International de la Magie de Monte Carlo’ (Lapin au chapeau, 1991, Prix Jury Junior; Baguette d’Or, 1995, Premier Prix), le prix pour ‘The Princess Grace Humanitarian Award’ offert tous les deux ans par la ‘Ireland Fund of Monaco’ et le ‘Festival International du Cirque de Monte Carlo’ (Clown met wereldbol, 2000) . Il n’est pas étonnant que ses récents trophées dédiés au cirque représentent des clowns d’or, d’argent et de bronze, rappelant ses précédents personnages issus du même univers.

La joie en mouvement

Le cirque et la danse se sont révélés être ses sources d’inspiration favorites durant les années 1980 à 1990. A cette époque, il désire surtout transmettre le mouvement, la tension et l’équilibre des corps. Jongleurs, équilibristes et acrobates de tailles diverses, apparaissent bien différents des formes que l’artiste élaborait en 1970 : Le cirque (1989) et Les antipodistes (1991).
La vie de Kees Verkade a trouvé une harmonie qui se reflète dans ses œuvres. Elles sont désormais apaisées, des courbes douces et sensuelles les caractérisent. Les danseurs de ballet sont saisis dans la vivacité de leurs gestes aussi bien que dans leur intense concentration : Le danseur (1997), Pas de deux (1989). Intimité et protection sont les maîtres mots qui guident le travail de Kees Verkade quand il représente ses proches. Les femmes plus particulièrement incarnent l’élément aimant, qu’il soit sensuel : Le réveil (1984), Le ciel enfantin (1992).

A la recherche de soi

Malgré son succès, Kees Verkade, la cinquantaine à peine franchie, est submergé par une sorte d’impatience artistique. C’est alors que son ami, l’acteur Ton van Duinhoven, lui suggère de chercher ailleurs son inspiration. A l’occasion d’un voyage en famille à Paris, il est à nouveau saisi par l’inégalable beauté des bustes des grands sculpteurs du XIXème siècle comme Rodin, Maillol, Bourdelle et Claudel. L’aspect inachevé de leurs œuvres rend compte d’un gigantesque pouvoir créatif.

De retour chez lui, durant l’automne 1997, des torses colorés à la gouache semblent s’échapper de ses mains habiles. Follement expressifs, ils donnent l’impression de brûler le papier, de l’animer. Kees Verkade ne tarde pas à créer des torses en trois dimensions pour la première fois de sa carrière. Cependant, malgré cette nouveauté, il demeure quelque chose de très personnel dans ce travail. Les éléments typiques que sont la force, l’équilibre et le mouvement à travers des thèmes familiers comme l’amour, la danse, le sport et la spiritualité sont toujours présents dans ses personnages: Les danseurs (1998), Son support (2001), L'engagement (1998).

Désormais, la vitalité transmise par la position des bras et des jambes n’est plus présente, toutefois elle est plus que jamais exprimée dans le mouvement du corps. En effet, les muscles sont à nouveau très visibles. De ce fait, ce travail va requérir plus d’efforts de la part de l’observateur qui n’aura qu’une suggestion de ce que sont les bras ou la tête, il devra ainsi compléter de lui-même le processus de création de l’œuvre. Occasionnellement, Verkade ajoute un indice pour nous aider, comme avec Résurrection (1997). L’aile d’un ange au-dessus du torse suggère la résurrection.

Kees Verkade explore de nouveau quelques-uns de ses sujets précédents; comme par exemple: Le baiser (2008), Les retrouvailles (1998), Crucifix (1998).

Quand la statue grandeur nature de Louis Couperous (« If I am anything, I am a son of The Hague ») est dévoilée sur le Lange Voorhout à La Haye, en 1998, Kees profite de l’occasion afin d’exposer pour la première fois ses torses dans l’ancienne Association d’Artistes Pulchri Studio, à deux pas de là.

Reconnaissance

Pour fêter ses quarante ans de carrière de sculpteur, le Maire de la Haye Wim Deetman lui réserve un accueil royal. La Reine Beatrix le nomme Chevalier de l’Ordre du Lion du Royaume des Pays-Bas. Un an plus tard, le Maire de Monaco lui offre, à la salle du Canton de Monaco, une rétrospective en honneur de ses quarante ans de carrière artistique.

En 1999, Kees Verkade reçoit des mains de S.A.S Prince Rainier III de Monaco les insignes d’Officier de l’Ordre Culturel du Mérite, ainsi que ceux d’Officier de l’Ordre des Grimaldi, en l’honneur de sa carrière artistique.

Un nouveau millénaire

Après plusieurs années de créations sans cesse renouvelées, Kees décide de revenir à sa première source d’inspiration s’incarnant au travers du corps humain, car ce dernier est porteur d’un équilibre subtil, oscillant entre la force et la sérénité. Il n’arrivait pas à incarner la totalité du mouvement et des sensations qu’il souhaitait transmettre avec les torses.

Depuis, il s’est inspiré de sa vie quotidienne. Son couple transparaît à travers ses œuvres : Equilibre à deux (2003), Son soulagement (2007), Engagement (2008), Circle of Love (2010); de ses discussions, de ses rencontres mais aussi des tragédies de la vie et du monde qui ont donné de la matière à sa créativité. Par exemple, Why (2006) fait suite à la tragédie du 11 septembre 2001; A gift for life (2010) est née suite à la demande de sa fille de créer une statue en vue de la vendre aux enchères au profit d’une association éponyme. Pour lui, un enfant est le cadeau suprême; La renaissance (2011) est une commande d’un couple pour leur fille gravement malade qui s’en est sorti; La confiance (2012), incarnée par un homme et une femme, résulte d’une commande d’une banque néerlandaise destinée à leurs clients. Une notion important à ses yeux lorsqu’on traite avec une banque. Enfin, L’arche de l’amour (2013) est inspirée par une association qui œuvre pour la paix et pour laquelle sa fille travaille.


Enfin, sachez que personne, pas même Kees Verkade lui-même, peut nous dire où le chemin de sa créativité le mènera…